Les amplis guitare ont sauté et Marco Mendoza, le pied posé sur son retour de scène, improvise seul avec sa basse une bossa feutrée.
Il est 1h15 du matin et les trois quarts d’heure de retard du concert ont déjà beaucoup abusé de la patience du public.
Déjà qu’on avait vérifié dix fois l’info, tellement elle paraissait énorme : Thin Lizzy, dans sa version semi-tribute autour de John Sykes, daignait enfin s’arrêter en France. Et pas n’importe ou : en tête d’affiche d’un festival fourre-tout au fin fond de la Seine et Marne. Montereau plus précisément, aux côtés de chanteurs défraîchis tels que Michel Delpech ou Angunn. Et juste avant Lizzy, un Axel Bauer empâté qui tente vainement de se donner la rock attitude…
Un miracle donc, doublé de cette aubaine : 10 euros la place, pour les deux jours… Surtout quand le courant est revenu, permettant à Lizzy de recommencer bille en tête un « Cold Sweat » en béton armé.
Pour les puristes, ce Lizzy-là ne vaut pas tripète : seul le guitariste Scott Gorham demeure comme membre historique (Sykes était arrivé en 1982 ou 83). Les autres viennent du metal des années 80 : Tommy Aldridge, la plus célèbre moumoute de la confrérie des double grosse caisse, et Marco Mendoza, qui accompagne Sykes depuis 15 ans avec Blue Murder et en solo.
Et c’est bien le blond à la Les Paul noire qui porte tout le gig : son vibrato main gauche et ses harmoniques ahurissantes, sa fièvre en solo, ses sourires hollywoodiens. La classe, le style, un maître qui est à l’origine de bien des tics rythmiques de la guitare metal (les riffs sifflant abondants dans toute la famille power).
Son chant s’adapte parfaitement aux lignes mélodiques de Phil Lynott, et si le répertoire à base de claviers passe à la trappe, on aura pu redécouvrir « Dancing in the moonlight » et « Massacre », pas souvent sur les set-lists du Thin Lizzy des dernières années.
Les 2000 courageux, qui resteront jusqu’à plus de 2h du matin –concert finalement assez court – s’époumoneront à chaque classique qui déboule, de « Cold sweat » à « Bad Reputation ».
Et pour le spectacle, on retiendra Aldridge et son bras gauche qui part dans tous les sens après chaque coup de cymbale, Mendoza et ses coups de reins lubriques sur le corps de sa basse. Mention spéciale à Gorham, papy rescapé des années de gloire, totalement british style dans ses poses qui rappellent furieusement un Hugh Grant en pré-retraite.

Les mordus qui auront fait le déplacement (près d’une heure et demie de voiture en venant de Paris) prient depuis furieusement pour que la motivation du public de Montereau (Montwo, comme John Sykes l’a répété sans arrêt) pousse le groupe à daigner rendre visite à la capitale, ou une salle de 2000-3000 place sera facilement remplie.
Set list :
Jailbreak
Waiting for an Alibi
Don’t Believe A Word
Cold Sweat
Are You Ready
Dancing In The Moonlight
Massacre
Still In Love With You
Bad Reputation
Emerald
Cowboy Song
The Boys Are Back In Town
Rappel :
Rosalie
Black Rose
David Taugis
photos Jean-Louis Cardinal