Pin Up Went Down est un duo français composé d'Asphodel aux textex/chant et d'Alexis Damien (batteur live de Carnival In Coal) pour l'instrumentation. 2 Unlimited est la représentation de leur musique certes déjantée mais au combien maniée avec justesse et talent. Ascendance Records (Lee Barret, ex-To Mera, en est le cofondateur) ne s'y est pas trompé en les signant rapidement. Empressé vous de découvrir ce groupe et fin mars rappellez vous d'acheter leur album. Metalchroniques : Salut Asphodel cela fait plaisir de voir un de tes projets musical prendre concrètement forme. Comment vas-tu ? Asphodel : Ca fait plaisir de te recroiser dans ce cadre-là, surtout après de telles aventures. Je vais très bien, et tu me vois ravie d'avoir cet entretien avec toi. "Ca f'zait longtemps!", comme dirait l'autre.
Metalchroniques : Je surveillais fébrilement la sortie de cet album depuis que j’en entends parler et d’autant plus depuis votre signature. Ca y est la bête est enfin là, soulagée ? Asphodel : Non. C'est encore pire qu'avant. J'ai l'impression d'être une maman qui emmène son gamin pour la première fois à l'école et qui se pose les sempiternelles questions que seule une maman peut ruminer pendant des heures : "Et s'il se mettait à pleurer en voyant que je ne suis plus là? Et s'il tapait un de ses camarades? Et s'il piquait le goûter de l'un d'entre eux? Et s'il lui prenait l'envie folle de se venger sur un gamin et de faire caca dans son cartable? Et s'il égorgeait le lapin-mascotte de la classe à coups de cutter?"... Je me dis que j'ai mis toutes mes forces dans cet album, Alexis a fait de même, mais tu sais, quand on planque un monstre ou une curiosité de la nature chez soi, tant qu'il est planqué, il ne risque rien. Il ne risque pas de se heurter à la réalité du monde, il ne risque pas d'avoir envie de se comparer, d'être jugé. Je suis soulagée d'être allée au bout de mes forces dans cet album, c'est certain. J'y ai mis tout ce que j'ai pu au moment où Alexis me l'a demandé. Cependant, là, l'album est livré au monde. Même si je sais que certains arriveront à le comprendre et à l'accepter tel qu'il est et tel qu'il a été conçu, j'ai peur pour lui, car il souffrira également. Mais après tout, c'est l'occasion du débat qui fera de lui un guide pour celui qui viendra après lui.
Metalchroniques : Commençons par le commencement (même si nous avons déjà commencé() et la rencontre du duo, cette envie de partager un goût commun pour de la musique peu commune. Asphodel : J'ai fait un guest pour l'album d'un groupe dont Alexis était le batteur depuis des années. Un jour, il me propose de "faire des voix" sur son projet solo. Il m'envoie un mail avec un lien pour que je consulte les mp3 hébergés. Je clique au hasard sur ce qui est devenu Cadavre Exquis, et au bout de 20 secondes d'écoute, je dis oui, sans même me demander sur le coup à quoi ressemble le reste. Suicidaire, comme réaction... Bref, je lui envoie un mail positif en retour. On se rencontre une première fois, et là, je crois qu'il m'a découverte véritablement. Je lui ai dit textuellement :" Tu sais, j'ai fait mille fois des "jolis hahahaha" et des choeurs qui font "hohoho". Je ne veux plus de ça. J'ai envie de nouveauté, d'expérimentations, j'ai envie de jouer la comédie, d'être folle, d'être enfin moi.". Il a d'abord fait une drôle de tête, puis j'ai eu son accord. Il m'a fait confiance. Je lui avais entre-temps envoyé Intrusion, pour lui montrer comment je voyais la chose, et il ne s'attendait pas à ça, dans le sens où il n'aurait jamais pensé que je lui raconterais un conte burtonnien avec la voix d'une petite fille de 8 ans, lui qui me croyait abonnée à un chant plus aérien et lyrique.
Metalchroniques : Depuis le temps que tu chantes, tu as enfin trouvé un musicien pour mettre en musique tout ce que tu as dans la tête. Asphodel : Complètement. Nos personnalités en terme de création s'accordent parfaitement, car Alexis aime les risques et les hasards. J'adore ça chez lui. Il aime se mettre en danger musicalement, oser sans réfléchir.
Metalchroniques : Quelles sont les causes du changement de patronyme de Esthete Piggie (pour lequel vous aviez commencé à communiquer et créé un myspace) à Pin Up Went Down ? Alexis : Esthete Piggie posait des problèmes vis-à-vis des anglophones. « Piggie » est employé par les enfants pour désigner un petit porc, et « esthete » est très peu usité. Cet assemblage surréaliste nous aurait desservi dans la communication. Nous l’avons néanmoins conservé pour nommer le deuxième morceau, chanté en yaourt, qui fait dialoguer une sorte de patriarche sadique et une cheerleader.
Metalchroniques : Comment s’est passé le contact, la signature avec Ascendance Records, le nouveau label de Lee Barrett ? Asphodel : J'ai pris contact avec Sam Grant pour lui faire écouter l'album ( sans grande conviction, je l'avoue ). Je me disais qu'avoir un avis sur ce qu'on avait fait serait déjà un sacré cadeau. Et puis il m'a répondu dans la foulée. Un échange de mails, et nous avons reçu une offre de deal moins de 24h après. J'hallucine encore, je ne te le cache pas.
Metalchroniques : Un petit mot sur To Mera ? Eux aussi font dans le metal déjanté. Asphodel : Oui, mais c'est vraiment différent. Eux ne font pas un metal déjanté pour moi. Ils font une sorte de metal progressif et virtuose saupoudré de jazz, joué par des musiciens incroyablement techniques et doués. Je n'arrive pas à voir l'aspect déjanté, peut-être à cause du sérieux de leurs concepts? Une chose est sûre, c'est que ce groupe a une technique à faire pleurer des profs de conservatoire. Leur musique est riche, grande, audacieuse et intelligente.
Metalchroniques : Parlons de cette pochette avec les détails divers : les 2 formant un cœur, la main en ombre au fond et surtout ce vase « honteusement » pompé sur le flacon de parfum Flower de Kenzo. Asphodel : Nous voulions quelque chose d'épuré, de blanc, de "publicitaire". Voici le résultat. Quant au sens et aux éléments utilisés, la personne capable de te donner une parfaite explication est son propre créateur. Visuellement, l'esthétique de cette pochette nous a séduits, et je laisse le secret de sa fabrication à Sect.
Metalchroniques : Il va falloir nous parler maintenant de la mise en place des compos, l’enregistrement comment tout cela s’est-il passé, pas évident de fignoler tous les détails d’une musique aussi complexe. Alexis : ce disque a mis deux ans à naître. Il est l’aboutissement d’un long processus de maturation. Le choix des couleurs des synthétiseurs a été décisif pour éviter le kitsch ou la caricature. Grâce aux plugins de chez Spectrasonics, j’ai réussi à obtenir des nappes de synthés très actuelles, glaciales et pénétrantes.
La batterie a bénéficié de plusieurs couches, acoustiques, numériques, de l’édition et surtout un travail de compression très délicat.
Asphodel a enregistré ses voix en 3 jours.
Pour la composition, l’objectif était que chaque morceau soit différent. En terme de groove, d’harmonie, d’émotion. Je voulais trancher avec certains disques de Metalcore ou de Death qui sont toujours « au taquet ».
« 2 unlimited » est construit comme des montagnes russes, avec des accalmies et des descentes vertigineuses.
La mélodie met en relief les passages « violents ». Nous avons enfin tenté de créer des refrains entêtants. Bref, s'il y a une qualité qu’on ne peut qu’accorder à ce disque, c’est bien de ne pas se répéter et d’user d’une recette qui marche.
Metalchroniques : Vous avez trouvé trois musiciens pour le live, avez vous envisagé un instant de constituer un groupe avec membres permanents ou Pin Up Went Down demeurera une entité à deux têtes ? Alexis : il est un peu tôt pour le dire. Le premier objectif est de monter sur scène de façon cohérente. Asphodel et moi avons commencé à travailler de nouveaux titres. Certains membres du line-up live sont très occupés et n’auront pas le temps de s’investir dans un long processus d’écriture. Mais si la motivation s’impose d’elle-même, je ne suis pas contre m’ouvrir à d’autres idées que les nôtres. S’ouvrir est toujours enrichissant.
Metalchroniques : Quelles vont être les étapes à venir concernant le groupe ? Alexis : à l’heure actuelle, la promotion bat son plein. Interviews, chroniques, passages radios... Nous attendons les retours du disque et commençons à chercher des dates de concert, notamment dans les festivals. Enfin nous composons doucement le second album, sommes en train de travailler sur le site internet…
Metalchroniques : Un petit jeu : je te tiens tu me tiens par la barbichette, le premier de nous deux qui rira nous parlera de Penumbra, tu as perdu, tu rigoles Wink Lâche nous aussi des infos sur Howdy Effect et Arew tant qu’on y est quant à Nowonmaï c’est définitivement abandonné ? Asphodel : Nowonmai est mort, et je ne suis toujours pas officiellement au courant du split. Guillaume (
NB: ex-bassiste de Furia) a arrêté la musique du jour au lendemain, et il n'est pas rare de croiser certaines personnes qui me demandent de ses nouvelles en espérant en avoir. Cela fait 2 ans au moins que je n'ai pas de nouvelles de Guillaume. Il ne m'a jamais informée de la fin de notre projet. Howdy est en suspend le temps que je relève ma situation professionnelle. Je ne pense pas rattaquer avant 2009, j'ai beaucoup trop de choses importantes en cours. J'ai déménagé à Lyon depuis quelques mois, il y a eu beaucoup de changements dans ma vie, il me faut le temps de m'habituer à mes nouveaux repères. Arew, je ne sais pas. Le compositeur a eu un enfant, il est très occupé, mes projets me prennent beaucoup de temps... J'ai des priorités désormais, lui aussi, donc peut-être que l'on ne parlera jamais plus de ce projet. Pour Penumbra, nous cherchons un nouveau label, ça suit donc son cours. Pour l'instant, je me concentre sur PUWD et sur ma vie personnelle.
Metalchroniques : Ensuite continuons dans tes activités extra-Pin Up Went Down avec un petit mot sur ton engagement dans le dernier album de Elvaron. Asphodel : Ah, Elvaron! Ils m'ont demandé une nouvelle de SF/anticipation pour leur dernier album. Je suis auteure, mais auteure de fantastique, et pas de SF/anticipation. Cependant, j'ai voulu essayer. Le résultat leur a plu (avec du recul, je me rends compte qu'il ne me satisfait pas du tout, dans le sens où mes personnages ne sont pas assez fouillés, il y a une foule de clichés dans le récit, cela a été écrit "trop vite". Mais je reste quand même très contente d'avoir écrit ce texte :), Matt a fait un superbe travail de réécriture (paroles en anglais), et je suis fière d'avoir travaillé pour ce groupe. Matt est un chic type.
Metalchroniques : Pour conclure je te laisse un champ d’expression libre en te souhaitant le meilleur pour la suite et longue vie à tous tes projets. Asphodel : Merci à toi pour cette interview, tout d'abord. Je me suis permis de faire intervenir mon collègue pour les questions "techniques", c'est lui le maître de bateau à ce niveau-là. Je suis également très contente de te recroiser ici, par la plus grand des hasards, et te remercie du soutien apporté depuis mes débuts. Et puis, puisque j'ai le droit de dire ce que je veux, je vous conseille de lire le dernier tome du Combat Ordinaire de Larcenet, et Là Où Vont Nos Pères de Shaun Tan (une magnifique vision de l'immigration et de l'intégration). Mille bisous à tous, soutenez la scène metal, bougez aux concerts, il y a des assos qui meurent à la pelle par manque d'auditeurs dans le pit (et ne me dites pas que "l'entrée-elle-était-trop-chèèèèère", il y a de supers lives pour une bouchée de pain). Et à bientôt!